La tournée des capitales européennes se poursuit pour Nicolas Sarkozy. Après Berlin, le 16 février, Lisbonne le 3 mars, il devait passer le week-end à Madrid, où il prononcera un discours devant la convention du Parti populaire, dirigé par Mariano Rajoy. Cette offensive européenne sert deux objectifs : épaissir sa stature internationale et "vendre" son idée de "mini-traité" constitutionnel pour sortir l'Union européenne de l'impasse où elle se trouve après les non français et néerlandais.



Mais un autre objectif, moins médiatique, mais tout aussi important à ses yeux, occupera les conversations. M. Sarkozy souhaite placer des hommes sûrs dans les instances dirigeantes du Parti populaire européen (PPE), qui regroupe les partis conservateurs des pays de l'UE. A la demande d'Alain Juppé, ancien président de l'UMP, qui avait fait adhérer son parti au PPE, Pierre Lequillier, député des Yvelines et président de la délégation pour l'Union européenne à l'Assemblée nationale, occupe l'un des neuf postes de vice-présidents. Mardi 28 février, devant la commission exécutive de son parti, M. Sarkozy a souhaité mettre un terme au mandat de M. Lequillier à l'occasion du congrès du PPE, qui se tiendra à Rome fin mars.

Dans l'entourage du futur candidat à la présidentielle, on estime que M. Lequillier, qui a été membre de la convention chargée d'élaborer la Constitution européenne, n'a pas la "surface" nécessaire pour représenter l'UMP dans les instances européennes. En fait, M. Sarkozy, selon un de ses conseillers, "ne travaille pas en confiance" avec le député des Yvelines, qui cumule les handicaps : chiraquien, juppéiste, il est maintenant villepiniste.

De plus, le président de l'UMP doit "caser" ses nouveaux ralliés. Le plus important d'entre eux sur le plan européen n'est autre que Michel Barnier, ancien commissaire européen et ancien ministre des affaires étrangères, qui a mal vécu son limogeage à la suite du remplacement de M. Raffarin par M. de Villepin. "La pression de Barnier est intense", remarque-t-on Place Beauvau. Présent avec M. Sarkozy à Berlin, il s'apprête à rendre public son soutien dans les prochains jours. Sa nomination au poste de vice-président du PPE a été évoquée par M. Sarkozy avec la chancelière allemande Angela Merkel et devait l'être à Madrid avec M. Rajoy et Wilfried Martens, le président du PPE.

S'il obtient leur accord, ce dont M. Sarkozy ne doute pas, M. Barnier sera assuré de retrouver une place qu'il estime à sa mesure sur la scène européenne. Le président de l'UMP souhaite encore que le PPE face une place au député européen Alain Lamassourre pour lui permettre d'assister aux réunions du parti avant les sommets européens.

M. Lequillier, qui devrait avoir un rendez-vous prochainement avec M. Sarkozy, déplore la "méthode" de son éviction. "Même Barnier ne m'a pas téléphoné", dit-il, désabusé. Pour l'ancien ministre, il s'agit simplement d'un "passage de témoin, pas d'un désaveu".