PARIS (Reuters) - Le gouvernement présentera début octobre en conseil des ministres un projet de loi visant à renforcer l'arsenal antiterroriste de la France à la suite des attentats meurtriers de Londres et Charm el-Cheikh, en juillet.

"On va essayer de terminer le projet de loi pour la fin septembre. Il sera présenté au début du mois d'octobre au conseil des ministres", a précisé mardi Nicolas Sarkozy.

Le Premier ministre, Dominique de Villepin, et le ministre de l'Intérieur ont consulté mardi matin à Matignon les représentants des groupes parlementaires sur les mesures antiterroristes envisagées. Les responsables respectifs de la Commission des lois de l'Assemblée et du Sénat devaient être reçus dans l'après-midi.

Le projet de loi, "relativement court", comportera "seize articles et huit chapitres", a indiqué Nicolas Sarkozy. Il modernise deux textes de 1984 et de 1991 sur la lutte antiterroriste.

Le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, a déclaré que le texte serait présenté "avant la fin de l'année au Parlement".

Au nombre des mesures attendues figurent le développement de la vidéosurveillance enregistrée, la définition de listes de passagers "à risques", la surveillance du réseau internet et la conservation des données téléphoniques.

"Pourquoi, tout d'un coup, un jeune Français part-il vers un pays à risques pour trois ou quatre mois ? Il faut qu'on puisse savoir quand il part, pourquoi il part et quand il revient", a souligné Nicolas Sarkozy, évoquant implicitement les camps d'entraînement présumés de "djihadistes" en Iran, en Afghanistan ou en Bosnie.

RESPECT DES LIBERTES INDIVIDUELLES

Tout en reconnaissant la nécessité de mesures "adaptées" aux nouvelles menaces terroristes, les parlementaires reçus à Matignon ont mis l'accent sur le respect des libertés individuelles.

"Nous sommes conscients de la menace et, en même temps, nous voulons que les mesures soient prises dans le respect de l'Etat de droit", a déclaré le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande.

"Nous serons vigilants et attentifs pour que ce soit la protection des citoyens qui soit la seule perspective du texte", a-t-il ajouté aux côtés de Jean-François Ayrault, président du groupe PS à l'Assemblée.

Marie-George Buffet, secrétaire nationale du Parti communiste, a estimé pour sa part que "la lutte contre toutes les formes de terrorisme" passait "bien sûr par de la répression, mais dans le respect des libertés individuelles".

"Nous demandons surtout une évaluation des deux premières lois qui ont été votées parce que nous entrons dans une troisième loi sans savoir exactement comment ces deux premières lois ont permis d'agir efficacement contre le terrorisme", a-t-elle précisé.

Hervé Morin, président du groupe UDF à l'Assemblée, souhaite des garanties sur le projet de fichier des passagers "à risques".

"Lorsqu'on prévoit, par exemple, de pister un certain nombre de compatriotes qui iraient dans les pays dits 'sensibles', encore faut-il savoir où on arrête les limites", a-t-il dit.

Dominique de Villepin avait souligné en juillet la volonté du gouvernement de trouver "le bon équilibre" entre "l'exigence de sécurité et l'exigence de liberté".

Nicolas Sarkozy a souhaité mardi que le "projet soit voté de la façon la plus consensuelle possible". "Parce que la lutte contre le terrorisme, ce n'est pas une affaire de gauche ni de droite, de majorité contre l'opposition, c'est simplement être le plus efficace possible".