Le cap des cent jours approche pour le gouvernement Villepin

23/08/2005 - 23h10

par Hélène Fontanaud

PARIS (Reuters) - Le gouvernement de Dominique de Villepin, qui passera le cap des cent jours le 8 septembre, effectue sa rentrée dans un contexte économique difficile toutefois marqué par une embellie dans les sondages.

A Matignon, on décrit en cette fin août une "ambiance studieuse". "Le Premier ministre est au travail, il met la dernière main à son plan d'action pour les mois à venir", a-t-on déclaré mardi.

Dominique de Villepin "réunit quotidiennement ses ministres pour faire le point sur tous les dossiers d'actualité qui intéressent les Français, qu'il s'agisse de l'emploi, du social, de la politique économique", a-t-on précisé dans son entourage en ajoutant qu'une réunion sur la lutte contre le terrorisme aurait lieu mercredi après-midi à Matignon.

Le conseil des ministres se tiendra jeudi au lendemain de l'hommage national rendu aux 152 Martiniquais tués dans la catastrophe aérienne au Venezuela. Le temps du deuil passé, la véritable rentrée aura lieu en début de semaine prochaine, avec la troisième conférence de presse mensuelle du Premier ministre.

Rentré à Paris après le 15 août, Dominique de Villepin a d'ores et déjà tenu une réunion ministérielle d'urgence consacrée à la hausse des prix du pétrole, qui a entraîné une flambée des tarifs à la pompe en pleine période de vacances.

Le chef du gouvernement a alors évoqué la préparation d'un "plan de relance pour la croissance", qui devrait être détaillé dans les prochains jours.

"Nous travaillons sans tabou sur des mesures fiscales et sociales qui permettront d'activer l'emploi", a indiqué le ministre du Budget, Jean-François Copé.

La marge de manoeuvre reste étroite, avec une croissance, une consommation, un commerce extérieur et des investissements en berne et l'obligation de se plier à la règle de fer européenne d'un déficit public ramené sous la barre des 3% du

PIB.

En juin, le chômage a enregistré une baisse de 1,4%, très nettement supérieure à celle des mois précédents mais principalement due aux emplois aidés contenus dans le plan Borloo. Le taux de chômage a diminué de 0,1% à 10,1%.

A son arrivée à Matignon après la débâcle du référendum sur la Constitution européenne du 29 mai, Dominique de Villepin avait engagé "la bataille de l'emploi" et s'était fixé un horizon napoléonien de cent jours pour "recréer les conditions de la confiance" avec des Français en rupture avec la classe politique.

RENTRÉE CROISÉE VILLEPIN-SARKOZY

Le dernier baromètre TNS-Sofres réalisé pour Le Figaro Magazine le 6 août lui donnait une cote de confiance de 48% (en hausse de neuf points). Fin juillet, il avait déjà enregistré un gain de onze points en un mois, passant de 33 à 44% d'opinions favorables, dans le baromètre Ipsos-Le Point.

Cette embellie constitue un premier résultat tangible pour ce politique atypique, dont la nomination à Matignon avait été accueillie avec scepticisme par une partie de la majorité, il est vrai acquise à son "rival générationnel", Nicolas Sarkozy, candidat déjà en campagne pour la présidentielle de 2007.

Le Premier ministre et le ministre de l'Intérieur effectueront d'ailleurs une rentrée croisée.

Après la conférence de presse de Dominique de Villepin se tiendront en effet les universités d'été de l'UMP, au cours desquelles Nicolas Sarkozy, président du parti, devrait réaffirmer son autorité sur la machine de guerre électorale.

Le Premier ministre y interviendra le samedi 3 septembre et le ministre de l'Intérieur prononcera le discours de clôture le lendemain.

Le 7 septembre, à la veille du centième jour du gouvernement Villepin, l'UMP tiendra une convention sur l'économie. Nicolas Sarkozy devrait y faire des propositions de réforme fiscale.

Alors que la popularité croissante de Dominique de Villepin commence à faire rêver certains chiraquiens qui ne se résignent pas à la mainmise de Nicolas Sarkozy sur la droite à l'approche de la présidentielle, l'unité reste officiellement la seule préoccupation du Premier ministre et de son numéro deux.

Mais l'entourage du président de l'UMP a déjà donné un avant-goût de ce que pourrait être la guerre entre les deux hommes.

"J'espère que les cent prochains jours seront meilleurs que les cent premiers", a ainsi ironisé le député de Paris Claude Goasguen, invité d'Europe 1 le 19 août.

Pour Patrick Devedjian, il faut en 2007 "une vraie alternance à l'intérieur de la majorité, c'est-à-dire un renouveau politique qui a commencé à se manifester avec le débat sur le modèle social français". Une tentative d'enfermer Dominique de Villepin dans le bilan chiraquien.

Sur ce créneau de l'opposition interne, François Bayrou a lui aussi pris ses marques. Le président de l'UDF devrait planter de nouvelles banderilles dans le dos du gouvernement lors des universités d'été de son parti en début de semaine prochaine à Giens.