UMP L'objectif du président du parti, annoncé en novembre dernier, est de franchir avant la fin de l'année la barre des 200 000 militants Sarkozy veut faire tourner plus vite son «compteur à adhérents»

Dans le hall du 55, rue La Boétie, l'écran du compteur à adhérents de l'UMP attire le regard. C'est Nicolas Sarkozy qui l'a voulu. Pour encourager les vocations, bien sûr, mais aussi à des fins plus personnelles. Candidat à la succession d'Alain Juppé, il avait promis de «doubler en l'espace d'une année le nombre d'adhérents» du parti (nos éditions du 15 novembre 2004). En novembre 2004, après vérification, Nicolas Sarkozy a trouvé dans les listings 111 000 militants à jour de cotisation. Le compteur est là pour rappeler que le temps presse. Hier, il affichait 154 521 adhérents, dont 45 610 n'avaient jamais milité dans un parti. Il en faudrait donc près de 50 000 de plus d'ici à décembre pour que le président de l'UMP honore son engagement.

Les secrétaires nationaux concernés sont sous pression. Yves Jego a été spécialement chargé du recrutement des nouveaux adhérents, dont il s'occupe avec Jeannette Bougrab. Hervé Novelli et Roger Karoutchi, coresponsables des fédérations, réunissent aujourd'hui leurs équipes afin de «rationaliser» le lien entre la direction nationale du parti et ses correspondants locaux. En bon libéral, Novelli a attribué début 2005 un «contrat d'objectifs» spécifique à chaque département, avec une récompense de 5 000 euros pour les cinq fédérations en tête dans chaque catégorie (lire ci-contre).

Dans la course aux nouveaux adhérents, Paris a gagné la victoire d'étape : elle en a recruté près de 4 500 depuis le 1er janvier, soit 43% du total de ses effectifs. Au classement général – nouvelles adhésions plus renouvellements de cartes –, c'est la fédération du président de l'UMP, celle des Hauts-de-Seine, qui est arrivée en tête à l'issue du premier trimestre 2005. Preuve, s'il en fallait une, que la personnalité et le dessein présidentiel de Nicolas Sarkozy sont directement à l'origine de l'accroissement des effectifs militants. «C'est pareil partout», confirme Roger Karoutchi, courbes à l'appui : «En régime de croisière, on enregistre au niveau national entre 500 et 600 nouvelles adhésions ou renouvellements de cartes par jour. Quand Nicolas fait un 20 heures, un grand meeting ou une visite de terrain bien relayés par les médias, ces chiffres augmentent de 20 à 30% pendant les dix jours qui suivent.» Vice-président de l'UMP et maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin a observé le phénomène en direct. Il assure que «quand Sarkozy a parlé de nettoyer les cités au Kärcher, à La Courneuve, le rythme des nouvelles adhésions est monté jusqu'à une soixantaine par semaine» dans sa ville.

Le ministre de l'Intérieur sait parfaitement que l'essor du parti dépend d'abord de lui. Pour le meilleur et pour le pire. Le meilleur, c'est qu'«il donne aux gens le sentiment de participer à une grande aventure», selon Roger Karoutchi. Le soutien à la candidature Sarkozy en 2007 est la première motivation des nouveaux adhérents, mais aussi des ex-militants, en général RPR, qui prennent leur carte à l'UMP après des années d'éloignement de la politique.

Le pire de l'«effet-Sarkozy», selon les chiraquiens, c'est la tentation de la surenchère à laquelle le champion de la droite est soumis en permanence et qui va forcément aller en s'accentuant. Quand il était «seulement» ministre, Nicolas Sarkozy avait l'habitude d'opposer à ses détracteurs ses records dans les sondages. Depuis qu'il a pris l'UMP, il y ajoute les pics de progression des nouvelles adhésions, avec un commentaire qui sonne comme un défi : «Ceux qui me reprochent d'en faire trop n'ont encore rien vu !» Que ses opinions recoupent ou non les aspirations d'une majorité de Français, sa popularité progresse à chaque fois qu'il les exprime. Convaincu d'être apprécié pour son «authenticité», il ne doute pas un instant que les adhérents de l'UMP le soutiendront en 2007. Surtout les nouveaux, qu'il se flatte d'attirer par le «débat d'idées», et qu'il se fait fort de retenir en instaurant la «démocratie» au sein du parti.