Entre Debré et Sarkozy, rien ne va plus

Accusé dimanche par Jean-Louis Debré de «miner l'action de Jacques Chirac» et de «ruiner» celle du gouvernement Villepin, Nicolas Sarkozy lui répond dans une interview publiée aujourd'hui par Libération. Il affirme qu'«un petit nombre de personnes dans la majorité veulent faire se fâcher les montagnes et envenimer les choses» et ajoute : «Quant à Jacques Chirac, j'ai toujours respecté sa personne et sa fonction et je continuerai à l'aider pour que le bilan de son quinquennat soit le plus positif possible.»

En ripostant au président de l'Assemblée nationale, la «montagne» Sarkozy trahit le serment qu'elle s'était faite à elle-même début avril, au lendemain de son passage à «Cent minutes pour convaincre». Jean-Louis Debré avait réagi à sa prestation en lui reprochant de n'avoir que la présidentielle pour horizon. Le patron de l'UMP s'était alors promis, une fois pour toutes, d'opposer la plus totale indifférence aux charges du président de l'Assemblée.

Mais le contexte a changé. Sarkozy ne peut ignorer que, en profitant du 14 juillet pour fustiger l'«immobilisme» de l'exécutif, il a semé l'inquiétude chez certains de ses partisans de fraîche date. Quand il a assuré se livrer à une «comparaison historique» en affirmant qu'il n'avait pas «vocation à démonter tran quillement les serrures à Versailles pendant que la France gronde», personne ne s'y est trompé : au-delà de Louis XVI, c'est bien sûr à Chirac qu'il pensait. Et l'agression a été mal digérée, même si aucun chiraquien n'a jugé opportun de la relever.

Aucun, sauf Debré. Le ministre de l'Intérieur a donc saisi l'occasion pour lancer un message d'apaisement en direction de l'Elysée, bien qu'il doute fort que le président de l'Assemblée ait agi en service commandé. Avant de jouer les pacificateurs, Nicolas Sarkozy a envoyé au front son plus proche ami, Brice Hortefeux. Le secrétaire général délégué de l'UMP avait visiblement reçu l'ordre de frapper fort. Il ne s'en est pas privé, profitant du point de presse hebdomadaire au siège du parti pour se «payer» le président de l'Assemblée. Avec un sourire qui en disait long sur le soin qu'il avait mis à préparer sa réaction, il a assuré : «M. Debré nous a habitués à des propos qu'il pense sans doute corrosifs et ne sont en réalité qu'excessifs, hier à l'égard de Jean-Pierre Raffarin, aujourd'hui vis-à-vis de Nicolas Sarkozy et, sans doute demain, à l'encontre d'autres encore. Cette expression chaotique n'a aucune conséquence sinon peut-être de lui faire plaisir. Chacun trouve son bonheur là où il veut et surtout là où il peut.»

Le ministre délégué aux Collectivités territoriales a conclu, pour la bonne bouche, que Nicolas Sarkozy, lui,

«veut construire, veut imaginer, veut proposer, tout cela dans le respect de la fonction présidentielle et dans la solidarité gouvernementale. Et tant pis si cela gêne certains archaïsmes qui ont une conception dépassée de la politique». Avant Brice Hortefeux, Christian Estrosi et Patrick Devedjian s'étaient exprimés dans les mêmes termes.