Nicolas Sarkozy : retour sur l homme...Biographie
Par Webloguer, samedi 16 juillet 2005 à 15:56 :: Tout sur Nicolas Sarkozy :: #38 :: rss
Moins riche que ses petits camarades, différent, complexé et surtout révolté par l'attitude d'un père absent. « Il était très offensif à l'égard de Pal, qui vivait dans l'opulence mais ne leur apportait aucune aide ».
L'Expansion 01/05/2004
Nicolas Sarkozy fréquente les people et les patrons mais pas pour l'argent. Portrait d'un fils de bourgeois déclassé qui construit chaque jour sa revanche.
On l'imagine d'ici. Tout noué à l'intérieur, ruisselant de sueur, le corps ramassé, les mollets gonflés à bloc, le visage crispé, le regard mauvais, une boule de nerfs. Encore un coup de pédale pour rattraper son devancier et c'en est trop pour Nicolas Sarkozy. « Qu'est-ce que tu cherches à prouver, à la fin ! » s'emporte-t-il. Jean-Claude Decaux, le champion tricolore de l'affichage urbain, s'en souvient comme si c'était hier. C'était dans la forêt de Rambouillet, à la fin du mois d'août. Une banale promenade à vélo de quelque 80 kilomètres, sous bonne escorte, pour le premier flic de France. « Je lui ai répondu : pédale et continue », relate Decaux, 67 années au compteur. Il faut croire que l'ancien ministre de l'Intérieur a suivi les conseils de son aîné.
Huit mois plus tard, le voici dans les habits neufs de ministre d'Etat de l'Economie et des Finances. N° 2 du gouvernement Raffarin, il n'est plus le gardien des anxiétés sécuritaires françaises de la Place Beauvau. Et s'il n'est pas encore à Matignon, la dernière marche du podium avant l'Elysée, il règne sur Bercy. Un retour par la grande porte, après son passage au Budget de 1993 à 1995, est une épreuve à hauts risques. Les coffres de l'Etat ne sont-ils pas le réceptacle des peurs économiques de la nation ? Chômage, emploi, privatisations, impôts, déficits : tout s'y joue. Pas question, pourtant, à 49 ans de refuser un tel défi. Pas pour lui. L'ancien maire de Neuilly et député des Hauts-de-Seine a toujours voulu être le meilleur, avouant se battre « même pour la dernière place ».
Pour celle de ministre de l'Economie, il veut, répète-t-il en boucle, être « le gardien du fruit du travail des Français », le meilleur gestionnaire de notre argent.
Mais en a-t-il l'étoffe ? En tant qu'ancien maire de Neuilly, on crédite Nicolas Sarkozy « d'avoir fait attention à l'argent des Neuilléens » - l'expression est de la socialiste Lucienne Buton, son opposante de toujours au conseil municipal. Mais son meilleur ennemi au sein de l'UMP, Alain Juppé, qualifiera son bilan de ministre du Budget (1993-1995) de « calamiteux ». Le balladurien Alain Minc, par ailleurs essayiste et éminence grise des puissants, écrit en 2001, dans un article, qu'il est un « libéral bonapartiste » et un « mécanicien de la chose publique », mais, ajoute-t-il, vouloir ne suffit pas toujours à pouvoir.
Enfin, selon son épouse Cécilia, sa conseillère de tous les instants depuis 1988, l'avocat d'affaires qu'est Nicolas Sarkozy à ses heures perdues « n'a jamais fait de l'argent un moteur, et leur ménage est très petite fourmi ».
Des histoires d'argent, toutes les familles en connaissent. Celles de Nicolas Sarkozy ont été relatées dans plusieurs biographies (1) et une avalanche d'articles. Pas m'as-tu-vu, semble-t-il, ni attaché aux signes extérieurs de richesse. Le couple revendique pour seul actif un appartement en rez-de-quai sur l'île de la Jatte, à Neuilly. Et comme une maison de campagne est « au-dessus de leurs moyens », les Sarkozy louent pour les grandes vacances sur la baie d'Arcachon et s'offrent des voyages instructifs. Est-ce parce que Nicolas Sarkozy s'est « fait tout seul » et « qu'on ne lui a rien donné », comme il s'escrime à le répéter ? Car l'image d'Epinal du fils d'émigré sans le sou plaît à ce rejeton de la grande bourgeoisie parisienne.
Certes, son enfance aurait pu être plus privilégiée. Son père, Pal Nagy Bocsa y Sarközy, un flamboyant aristocrate hongrois réfugié en France depuis 1948, épouse Andrée Mallah, qui lui donne trois enfants. Mais très vite le couple se déchire. Andrée Mallah se retrouve seule et doit reprendre ses études pour subvenir aux besoins des enfants, tandis que Pal Sarközy multiplie les mariages et fait fortune avec son agence de publicité. La famille mène une existence à l'abri du besoin, mais sans faste, dans un hôtel particulier de la plaine Monceau - tout de même - appartenant au père d'Andrée Mallah, Benedict, médecin de son état.
Plus encore que ses deux frères, Guillaume et François, Nicolas, le benjamin, se sent déclassé. Moins riche que ses petits camarades, différent, complexé et surtout révolté par l'attitude d'un père absent. « Il était très offensif à l'égard de Pal, qui vivait dans l'opulence mais ne leur apportait aucune aide », confirme l'avocat Jean-Marie Chaussonnière, un ami de lycée de Nicolas Sarkozy. Son père restera donc longtemps un mauvais souvenir, comme ses années de jeunesse. Du moins l'affirme-t-il au cours d'une interview : « Ce qui m'a façonné, c'est la somme des humiliations d'enfance. » Alors, plus tard, il compensera, mais pas par l'argent. « Son moteur, analyse un proche, est l'ambition, la rage d'épater son monde, une sorte d'envie viscérale de revanche sur le genre humain. Il est affamé de reconnaissance et de pouvoir. »
En attendant, Nicolas Sarkozy doit gagner sa vie. Alors qu'il étudie le droit à Nanterre, il travaille chez un pépiniériste puis chez un glacier. Ensuite, il fait Sciences Po, mais sans pousser jusqu'à l'ENA. Pas envie, dit-il, d'appartenir à un corps pour qu'après tout vous soit dû. Il sera avocat, comme maman. Après sa prestation de serment en 1981, Guy Danet l'embauche. Mais très vite, il conçoit son métier comme une assurance-vie politique.
« Il y avait l'argent aléatoire de ses mandats de député et de maire et puis, pour assurer en continu son train de vie et son indépendance, le droit des affaires », décrit Arnaud Claude, aux côtés duquel il exerce depuis 1987, au gré de ses succès électoraux. Pourtant, d'autres à sa place auraient été tentés de faire fortune. Car les dossiers affluent au cabinet. Surtout après son arrivée à Bercy, en 1993, et plus encore en 1995, à sa sortie. « Il aurait fait une locomotive formidable pour notre société d'avocats s'il s'y était investi à 100 % », confirme Arnaud Claude. Mais rien n'y fait. Qu'importe. Au fond, il n'a ni le temps ni l'envie de vivre dans le luxe. Et puis la République pourvoit à ses besoins. « Lorsque vous êtes nourris, logés, blanchis, voiturés, voire héliportés aux frais du contribuable, il ne vous reste pas grand-chose à satisfaire sur vos propres deniers », juge un ancien hôte de Bercy. La réelle vanité de Nicolas Sarkozy se situe, sans doute, ailleurs. Ni gros cigares ni belles voitures ou grands restaurants pour ce fou de pizzas et de chocolat qui ne boit pas une goutte de vin. Plutôt un esprit pompe et parades. Les sorties avec motos, sirènes et un aréopage de gardes du corps, voilà ce qui l'excite. D'ailleurs, depuis son retour aux Finances, les traditions républicaines ont repris leurs droits. Les huissiers de l'hôtel des ministres caracolent à nouveau en queue-de-pie, chemise à col cassé et collier d'apparat.
Commentaires
1. Le jeudi 29 septembre 2005 à 14:16, par sarko-mence
2. Le jeudi 29 septembre 2005 à 17:44, par Webloguer
3. Le mercredi 12 avril 2006 à 21:10, par tayeb
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