14 JUILLET Fabius dénonce la stratégie de la «fausse différence» Les socialistes focalisent leurs critiques sur Sarkozy

A lire les commentaires de la gauche après ce 14 Juillet à deux voix, Nicolas Sarkozy a réussi son pari : c'est sur lui que l'opposition concentre son tir, bien plus que sur le président de la République. Pour dire du mal de lui, certes, mais être au centre de l'attention était bien le but du ministre de l'Intérieur, en cette journée qui aurait dû être exclusivement celle de Jacques Chirac.

Car la gauche est déjà braquée sur le match de 2007. Et plus personne dans les rangs du Parti socialiste ne croit que le président de la République puisse se représenter. Le piège, pour une opposition empêtrée dans ses querelles internes, serait de laisser le président de l'UMP se poser en alternative à Jacques Chirac, fût-ce avec des idées libérales et la promotion de la discrimination positive. La popularité de Sarkozy, l'intérêt pour son action dépassant les limites strictes de l'électorat UMP. Les socialistes s'emploient donc à démentir cette version des faits, que Laurent Fabius qualifie de «stratégie de la fausse différence», invitant les électeurs à «ne pas tomber dans le panneau».

Pour Fabius, qui s'exprimait sur Europe 1, Sarkozy «s'agite beaucoup mais n'agit pas». «C'est une espèce de deuxième Chirac, de Chirac plus jeune. Mais on a déjà eu le premier ! Je ne pense pas qu'on ait besoin d'un deuxième, affirme-t-il. M. Sarkozy a compris que M. Chirac fait l'objet d'un grand rejet de la part de l'opinion, et donc essaye point par point de s'en démarquer. Mais la réalité, c'est qu'il est le principal soutien de cette politique», estime Fabius, dressant le bilan de Sarkozy dans ses différentes fonctions ministérielles : «finances au plus bas», «collectivités locales dans un état lamentable», «pratique communautariste».

Tout en dénonçant la «tragi-comédie» du «contre-14 Juillet» organisé par le ministre de l'Intérieur dans les jardins de la Place Beauvau, François Hollande insiste : Chirac, Villepin ou Sarkozy, tous «portent ensemble la même politique, ont fait les mêmes choix». «Le ministre de l'Intérieur sera jugé non sur sa capacité à défier Jacques Chirac» mais sur «son bilan», estime le premier secrétaire du PS. Le porte-parole du PS, Julien Dray, juge d'ailleurs que le bilan du ministre de l'Intérieur en matière de sécurité est un «échec total», en voulant pour preuve la «violence» dans les quartiers, qui s'est traduite à l'occasion du 14 Juillet par des voitures brûlées et un commissariat attaqué à La Courneuve.

Quant à Jacques Chirac, Laurent Fabius a trouvé son intervention «extrêmement médiocre». «Déjà vu, déjà entendu, déjà déçu», a tranché l'ancien premier ministre, qui juge que le président «n'a plus aucune crédibilité, plus aucune autorité». «Il fait perdre du temps à la France», a-t-il déclaré. Tandis que pour Henri Emmanuelli, Chirac a «perdu sa légitimité politique» et aussi «le contrôle de sa majorité».