Jamais les ministres européens de l'Intérieur et de la Justice n'étaient apparus si dépassés par les événements. Convoqués, hier, à Bruxelles pour une réunion extraordinaire consacrée la lutte antiterroriste, ils ont écouté, fascinés, les résultats de l'enquête sur les attentats de Londres, présentés par le ministre britannique Charles Clarke.

Les poseurs de bombes, quatre kamikazes, sont des citoyens britanniques, nés en Grande-Bretagne, d'origine pakistanaise. «Des kamikazes : c'est une première en Europe. C'est effrayant», a déclaré Nicolas Sarkozy. Aucune des mesures discutées à Bruxelles, si répressive soit-elle, n'aurait pu empêcher ces terroristes d'agir. «Que des jeunes nés en Europe soient formés aux techniques des kamikazes, cela pose de sérieuses questions à notre modèle d'intégration», a reconnu le ministre français de l'Intérieur.

Très en verve, Nicolas Sarkozy, a commis, en marge de la réunion un grave impair, frôlant la catastrophe diplomatique avec Londres. Citant des sources britanniques, il a indiqué, devant la presse, qu'une «partie de l'équipe» des kamikazes de Leeds avait fait l'objet d'une «arrestation partielle» en mars 2004, et que quelque 600 kilos d'explosifs avaient été retrouvés à l'époque. Cette information a aussitôt été démentie par Charles Clarke. «Je ne sais pas d'où Monsieur Sarkozy tient ces informations : elles sont absolument fausses et sans fondement», s'est offusqué le ministre de l'Intérieur de Grande-Bretagne.

«Monsieur Sarkozy est arrivé en retard et il est reparti avant la fin de la réunion», a-t-il ajouté cinglant. «Je n'ai eu qu'une brève conversation avec lui dans le couloir. Rien de ce qu'il a rapporté n'a été évoqué, ni en ma présence, ni en réunion plénière.» Pour les Britanniques, l'incident apparaît difficilement pardonnable. «Sarkozy s'est encore fait des amis...», commentait, un diplomate français.

Sur le fond des discussions, les ministres européens ont passé en revue leur arsenal policier et législatif, en mettant l'accent sur la nécessaire rétention des données téléphoniques et informatiques, une priorité pour la présidence britannique. Une décision cadre devrait être adoptée à l'unanimité en octobre, obligeant les opérateurs à conserver les données de leurs clients pendant un an. Les ministres de l'Intérieur ont aussi réclamé un moyen d'échanger en ligne les informations sur les explosifs volés dans les différents Etats membres. D'après Scotland Yard, les poseurs de bombe de Londres disposaient, d'un matériel explosif de type militaire, sans doute fabriqué dans les Balkans.

Une semaine après les attentats de Londres, les ministres de la Justice et de l'Intérieur se sont promis d'accélérer l'adoption de plusieurs textes législatifs pour faciliter le travail des enquêteurs.

Mais leur élan se heurte toujours à l'exigence de l'unanimité et à la susceptibilité du Parlement européen dès qu'il s'agit de la protection de la vie privée.

Hier, le ministre de l'Intérieur britannique a défendu devant les eurodéputés les mérites des caméras de surveillance installées dans les lieux publics en Grande-Bretagne. Aussi controversé soit-il, ce système a permis à l'enquête de Scotland Yard d'avancer très vite.

Nicolas Sarkozy l'a d'ailleurs souligné. «Cela peut donner des idées», a-t-il affirmé. Devant ses homologues, le ministre français a vanté sa propre méthode de lutte contre le terrorisme : surveillance des mosquées, mise sous tutelle des imams, et contrôle des associations culturelles ou sportives «paravent» des islamistes radicaux. Les Britanniques ne l'ont pas écouté, agacés par ses dérapages à propos de leur enquête.

«La gaffe incompréhensible de Sarkozy a gâché la réunion : pour un dirigeant français, ce n'est pas sérieux», regrette la présidence britannique.


******* The times : The atmosphere of concord did not however last long, as Mr Clarke was soon after forced to deny telling Mr Sarkozy that police had previously arrested some of the London suicide bombers last year, after the Madrid bombings. He said that the suggestion was “completely and utterly untrue”.

The Sun: Clarke fury at France FURY as French minister claims cops arrested and freed killers last year