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Par Jerôme Fourquet, directeur d'études du département d'opinion publique de l'IFOP (Institut français de l'opinion publique)

La position de leader de Nicolas Sarkozy dans les sondages est-elle le fait d'une phase avec les électeurs ou est-elle liée à sa forte présence médiatique?

- La popularité de Nicolas Sarkozy vient du fait qu'il incarne le retour du volontarisme politique. Pour la droite, il représente l'unique recours possible, surtout depuis l'échec du référendum qui a porté un coup à Jacques Chirac. Sarkozy bénéficie d'un soutien appuyé et fort des électeurs UMP qui ne résulte pas de sa présence médiatique. Néanmoins, cette présence lui sert à faire passer une image de volontarisme au grand public. Il récolte aussi d'autres soutiens qui dépassent sa base traditionnelle. Dans un récent sondage pour la présidentielle, il réalise le même score que Bayrou chez les personnes qui votent UDF. Ses prises de positions sur l'insécurité ont séduit une part de ceux qui sont habituellement tentés par le FN. Dans la perspective d'un second tour, face à six candidats de gauche, à chaque fois entre un quart et 30 % des électeurs de gauche déportent leur vote vers Nicolas Sarkozy. Seul l'avenir nous dira dans quelles proportions ces soutiens sont durables ou non.

Nicolas Sarkozy ne pourrait-il pas lasser l'opinion par une trop grande présence dans les médias et en partant trop tôt dans la perspective de la présidentielle?

- Il est toujours resté en tête des sondages alors que sa présence médiatique n'a jamais faibli. Donc on peut en conclure à première vue que sa médiatisation ne lui nuit pas. Tout le monde parlait de sa chute dans les sondages à la suite de son départ de Bercy. Son absence du gouvernement entre novembre 2004 et juin 2005 ne l'a pas fait disparaître des médias, ni chuter. Il a au contraire travaillé son image volontariste en envoyant des messages forts. Il revient régulièrement sur des thèmes précis, de la lutte contre la vie chère à la question de l'islam, de l'insécurité à la réforme de la justice. Ses propos choquent parfois et détonnent du politiquement correct. Néanmoins, il réussit à faire passer ses messages. Sa candidature à la présidentielle n'est plus un secret de polichinelle. Dans l'opinion se répand l'idée qu'il veut être candidat pour appliquer son programme et non pas qu'il se positionne sur certains dossiers par intéressement pour 2007.

Qu'est-ce qui pourrait le faire chuter avant la prochaine présidentielle? - Son plus grand ennemi c'est lui-même. Dans un sondage pour le Journal du Dimanche les Français le trouvent énergique et autoritaire, ce qui est plutôt perçu positivement. A la suite des évènements de la Courneuve, il apparaît comme une personne à l'écoute des problèmes. Reste qu'une proportion non négligeable le trouve excessif. L'impression qu'il pourrait franchir la ligne jaune se dégage. Cette idée est nouvelle et apparaît comme le défaut de ses qualités. Sa capacité à s'emporter pourrait être sa faiblesse, surtout si ses adversaires prennent plaisir à la mettre au grand jour. Lorsque les Français élisent un président ils attendent de lui qu'il soit compétent, dynamique et travailleur, mais aussi que ce soit quelqu'un de confiance.

Propos recueillis par Nadège Garreau (le jeudi 30 juin 2005)