Nicolas Sarkozy dit «Non au discours unique»
Par Webloguer, jeudi 30 juin 2005 à 13:52 :: Strategie Presidentielle et accords :: #25 :: rss
GOUVERNEMENT Responsabilité des juges, récidive, quotas d'immigration, Turquie : le numéro deux du gouvernement se félicite que ses idées «avancent»
"Je n'ai pas l'intention de recevoir des leçons de ceux qui ont profité du Front national pour gagner les élections durant les deux septennats de François Mitterrand"
LE FIGARO. – Depuis que vous êtes revenu à l'Intérieur, vous êtes à nouveau omniprésent sur le terrain et dans les médias. Que répondez-vous à ceux qui vous accusent d'en faire trop ?
Je dis qu'ils devraient changer de rengaine ! Déjà en 2002, on me faisait le même reproche. Or je n'ai jamais rencontré un seul Français qui se plaigne que les hommes politiques en fassent trop pour résoudre les problèmes du pays ! La vérité, c'est que nous n'en faisons pas assez alors qu'il y a tant à faire. Les hommes politiques sont trop prisonniers du discours unique et de la pensée unique. Il y a hélas un décalage croissant entre ce qu'ils disent et ce que vivent nos concitoyens. On ne résoudra pas les problèmes des Français avec les idées d'il y a vingt-cinq ans. Quand je crois avoir trouvé une solution pour faire bouger les choses, je la défends et j'essaie de gagner la bataille de la communication et celle de l'action. Je note que mes idées avancent, que mes propositions font leur chemin ; c'est à l'UMP que le débat a lieu, pas au PS ni à l'UDF.
Vos formules chocs ne sont-elles pas un moyen de conjurer le risque de banalisation auquel vous expose votre présence au gouvernement ?
Je ne cherche nullement à choquer. Je suis serein, apaisé et déterminé ! Je dis ce que je crois être juste. Quand je supprime la double peine, c'est parce qu'elle est injuste. Quand je parle de discrimination positive, c'est parce que je pense qu'il est dangereux pour la France de continuer à brandir des droits qui ne sont que virtuels. Quand je pose la question du modèle social, c'est pour dire que le meilleur système est celui qui donne un emploi à chacun. Et quand je parle de la responsabilité des juges après l'assassinat de Nelly Crémel par un criminel libéré prématurément, c'est tout simplement parce que je ne conçois pas qu'il y ait un pouvoir quel qu'il soit qui ne soit responsable.
Et quand vous dites qu'il faut «nettoyer» La Courneuve après le meurtre du petit Sidi Ahmed...
Qu'y a-t-il de choquant ? Je ne comprends pas pourquoi certains s'en offusquent. Comment la société politique française peut-elle se dire scandalisée par le mot «nettoyer» et ne pas l'être plus que cela par la mort d'un enfant de 11 ans ?
On vous reproche aussi de courir après le Front national...
C'est absurde. Mon combat depuis des années contre l'extrême droite doit me mettre à l'abri de ces faux procès. S'il y a aujourd'hui un électorat à récupérer, c'est surtout l'électorat populaire abandonné par la gauche. Je n'ai pas l'intention de recevoir des leçons de ceux qui ont profité du Front national pour gagner les élections durant les deux septennats de François Mitterrand.
Dans l'affaire Crémel, vous accusez nominativement un juge d'avoir commis une faute. N'a-t-il pas tout simplement appliqué la loi avec ses collègues ?
Mais la loi n'a jamais dit qu'il fallait relâcher ce criminel. Elle dit qu'à partir de quinze ans d'emprisonnement, pour les personnes condamnées à perpétuité, on peut se poser la question de la liberté conditionnelle. Le juge est libre de l'apprécier. Ce n'est donc pas la loi qui oblige à mettre un tueur dehors au bout de quinze ans. Et puisque c'est la responsabilité du juge, il doit l'assumer. Quand un médecin vous opère et qu'il commet une erreur, il doit en répondre. Est-ce que la liberté de diagnostic du médecin est remise en question par sa responsabilité professionnelle ? Non. Est-ce que l'indépendance d'un journal est menacée parce que le directeur de la publication est responsable du contenu des pages ? Pas davantage. Eh bien, pour les magistrats, ce devrait être similaire.
Comment voulez-vous concrètement mettre en oeuvre cette responsa bilité ?
Ce n'est pas si compliqué. Je constate qu'en Belgique, depuis une décision de la Cour de cassation, la responsabilité professionnelle des juges peut être engagée. Que je sache, la Belgique est une démocratie. En France, en revanche, voilà la situation : le Conseil supérieur de la magistrature, depuis 1990, a prononcé seulement 19 sanctions, à peine un peu plus d'une par an. Et il s'interdit de sanctionner la moindre erreur d'appréciation, qui peut le comprendre ? D'ailleurs, je ne suis pas seul à le dire. Lionel Jospin avant moi avait parlé d'«erreur d'appréciation» après la libération du tueur Bonnal. Aujourd'hui, c'est le secrétaire national du PS pour la justice, André Vallini, qui affirme que les juges aussi doivent rendre des comptes. C'est bien la preuve que j'ai eu raison de rouvrir ce débat. Comme j'ai eu raison de demander depuis des années une loi contre les récidivistes : je suis heureux de voir aujourd'hui que le président de la République lui-même s'est rallié à cette idée.
Que proposez-vous au juste ?
Les récidivistes doivent être déférés en comparution immédiate. Ils doivent aussi être soumis à un régime d'aména gement de peine plus sévère. Il faudra bien sûr définir ce qu'est un multirécidiviste par rapport à un récidiviste. Une chose est certaine : la société doit se défendre. Et la police ne doit plus courir toujours derrière les mêmes. Un exemple : sur les trois criminels présumés de La Courneuve, les deux frères, âgés d'une vingtaine d'années, étaient déjà connus pour viol sur mineur et trafic d'armes et de drogue. Mais que faisaient-ils dehors ?
Avez-vous renoncé à votre idée de peines planchers pour les multirécidivistes ?
Certainement pas. Les multirécidivistes doivent être plus lourdement sanctionnés. Le Code pénal doit le prévoir et conduire le juge à aller en ce sens. Si le délinquant n'a pas cette certitude qu'il sera plus sévèrement puni s'il récidive, comment peut-on le dissuader ?
Le garde des Sceaux y semble opposé...
Il faut donc en débattre. Je suis convaincu que nous parviendrons à une position commune.
Ce système n'est-il pas anticonstitutionnel ?
Anticonstitutionnel ? Mais quand Alain Juppé se voit infliger une peine automatique d'inéligibilité, cela ne choque personne ! Il faudrait donc s'offusquer lorsque c'est un dealer ou un assassin qui subit le même sort ? Curieux raisonnement.
Le gouvernement va-t-il vous suivre sur ce sujet ?
Je l'espère. Si nous ne faisons rien, j'ai la conviction qu'en 2007 le désir d'alternance ne sera pas entre la gauche et la droite, mais entre les extrémistes et les républicains.
Les prisons suffiront-elles à accueillir tous ceux que vous voulez y mettre ?
Formidable ! Donc, il faudrait qu'on décide l'incarcération en fonction du nombre de places disponibles ? Ce n'est pas ma conception de la justice. Cela fait vingt ans que l'on construit des places de prison en France. Si l'on considère que leur nombre théorique doit réguler l'activité pénale, alors c'est que l'on refuse de placer la victime au centre des débats.
Malgré les déploiements de force policiers, les pègres locales n'imposent-elles pas toujours leur loi dans les cités ?
Depuis 2002, la délinquance a baissé de plus de 12%. Cela veut dire 400 000 victimes de moins par an. Cela signifie aussi que le niveau reste élevé. Mais trente ans d'indigence ne se rattrapent pas en quelques mois. Et c'est la gauche qui nous fait les plus vifs reproches. Elle qui durant cinq ans a laissé exploser la délinquance !
Une opération comme celle du Raid à La Courneuve n'est-elle pas de la poudre aux yeux ?
Qui vouliez-vous que j'envoie dans cette cité ? La police de proximité ? La situation est si grave qu'elle ne peut même pas y pénétrer. Nous allons multiplier ce type d'opération, aussi longtemps qu'il faudra. D'autres services que la classique police en tenue entrent maintenant en action et nous allons obtenir des résultats qui seront publiés. Et pas seulement dans la cité des 4 000. Une cinquantaine de quartiers particulièrement sensibles sont concernés.
Et la prévention ?
Je ne l'oublie pas. Mon raisonnement est simple : punition immédiate pour celui qui rend impossible la vie des autres ; main tendue immédiatement à celui qui veut s'en sortir. C'est-à-dire : des moyens pour les associations, des formations pour les jeunes. C'est la raison pour laquelle je vous annonce mon intention de mettre en chantier une grande loi de prévention.
La sécurité a déjà fait l'objet de deux lois majeures depuis 2002. Y a-t-il encore une oeuvre législative à accomplir ?
Au-delà de la loi sur la prévention ou sur la récidive, il y a, en tout cas, des chantiers prioritaires. Je pense notamment aux violences au sein des familles. La police française n'est pas adaptée pour y faire face. Quand une femme est victime de violences conjugales ou qu'un enfant est battu, ce n'est pas la brigade anticriminalité qui peut apporter une réponse. Je veux que soit créée une police spécialisée pour intervenir dans les conflits familiaux avec des psychologues, des femmes. En outre, je ne veux pas que le domicile conjugal soit interdit à la police entre 9 heures du soir et 6 heures du matin. La femme battue ne peut pas avoir comme seule issue de quitter le domicile commun pour échapper à un compagnon violent.
D'autres réformes en vue pour la police ?
J'en vois au moins trois. Nous allons placer des caméras dans les voitures de service pour filmer les interventions de nuit, comme je l'ai fait avec la police aux frontières lors des embarquements de clandestins. Il n'y aura ainsi plus de polémiques sur le respect de la déontologie par les policiers. Je veux aussi généraliser les armes non létales pour les policiers, pour qu'ils puissent se faire respecter sans blesser. Enfin, je veux redéployer les effectifs de la police nationale. Il faut changer les habitudes. Je veux des policiers dans la rue, pas dans les bureaux.
Et le livre blanc sur le terrorisme promis par Dominique de Villepin sous l'ancien gouvernement ?
Il sera fait, mais il sera complété par des décisions. Ce sont d'abord les décisions qui comptent.
Vous défendez le concept d'«immigration choisie». Mais que recouvre-t-il exactement ?
Tout d'abord, l'expression signifie que je refuse de plaider pour l'immigration zéro, car je ne me reconnais pas dans le visage d'une France qui se referme. Mais elle signifie aussi que je ne veux plus de détournement de procédure : mariage arrangé, demande d'asile politique bidon, regroupement familial détourné, visa de tourisme frelaté. Nous allons donc généraliser dans les consulats les empreintes biométriques. Ainsi, on ne pourra plus rentrer légalement en France avec un visa de touriste et s'y maintenir illégalement en perdant subitement la mémoire. Je vais proposer lundi à nos partenaires européens du «groupe des cinq» d'utiliser le même système biométrique que le nôtre : lorsque la France refusera un visa, l'Allemagne, par exemple, ne pourra pas l'ignorer. Il n'y a aujourd'hui de politique d'immigration cohérente que dans l'espace Schengen.
Et le passeport biométrique ?
Il n'est pas remis en cause. C'est une obligation internationale. Pour la carte d'identité, en revanche, je m'accorde quelques semaines de réflexion. Avant de faire un saut de cette nature, je souhaite en mesurer toutes les conséquences pour les Français.
Une immigration choisie passe, selon vous, par le système des quotas. Comment allez-vous faire ?
L'immigration du travail ne représente en France que 5% du flux d'immigrés. Cela n'a pas de sens. Je propose qu'il y ait chaque année au Parlement un débat pour savoir de quoi et de qui nous avons besoin. Même chose pour les étudiants étrangers. La France ne peut être le seul pays au monde à ne pouvoir décider qui doit et qui ne doit pas entrer sur son sol.
Mais comment déterminer précisément les besoins ?
L'appareil statistique doit permettre de mettre en regard les demandes des secteurs économiques et les flux de travailleurs potentiels, selon les compétences de chacun. Les Allemands, les Américains, les Canadiens y parviennent. Pourquoi pas nous ? L'immigration, c'est la France dans trente ans. Le Parlement doit s'en saisir. On ne doit pas voler ce débat aux Français.
Les fédérations du bâtiment, par exemple, disent pourtant qu'elles n'ont besoin de personne et qu'il vaut mieux former nos nationaux...
Il vaut mieux d'abord avoir recours aux demandeurs d'emploi, c'est vrai, mais chacun sait qu'il y a des besoins dans le bâtiment comme dans l'agriculture.
Vous voulez réduire la part de l'immigration familiale. Le regroupement familial n'est-il pas un droit, garanti notamment par la Cour de justice européenne ?
Il ne s'agit pas de revenir sur le principe mais de préciser ses modalités d'application. On parle de regroupement familial. Encore faut-il vérifier que c'est bien la famille qui est candidate au regroupement. Je vais demander que l'on s'en assure avec plus d'acuité encore. Nous allons aussi renforcer le contrôle des dossiers : celui qui veut recevoir sa famille doit pouvoir effectivement justifier d'un emploi, d'un logement et de moyens pour assurer une vie décente à ses proches. Même chose pour l'aide médicale. Elle témoigne de notre générosité mais elle ne doit pas être détournée. Aujourd'hui, un étranger en situation irrégulière a plus de droits aux soins gratuits qu'un smicard qui paie ses cotisations, ce n'est pas acceptable ! Nous allons revoir tout cela par des décrets et, s'il le faut, par la loi.
Vous êtes depuis longtemps favorable à la discrimination positive. Pensez-vous arriver à convaincre le président de la République ?
Je me suis reconnu dans le discours de Jacques Chirac, lors de l'installation de la Haute Autorité pour la lutte contre les discriminations. Je continue d'estimer qu'à partir du moment où des hommes et des femmes ont plus de handicaps que d'autres, il est normal de leur donner plus qu'à d'autres. Mais si l'expression discrimination positive gêne, on peut la remplacer par celle de volontarisme républicain. J'ai provoqué un débat lorsque j'ai nommé un préfet «musulman», je vais continuer dans cette voie : la France est multiple, sa diversité est une chance, pas un handicap. Nos élites ne peuvent continuer à toutes se ressembler.
Commentaires
1. Le jeudi 30 juin 2005 à 13:52, par Webloguer :: site
2. Le jeudi 30 juin 2005 à 21:01, par Cécilia :: site
3. Le vendredi 26 mai 2006 à 22:48, par Comunita Neocatecumenale Campania :: site
4. Le samedi 27 mai 2006 à 05:13, par Expanding Gates :: site
5. Le samedi 27 mai 2006 à 08:26, par Noted Cartoon Arouse :: site
6. Le vendredi 2 juin 2006 à 12:13, par Live Web Cam Girl :: site
7. Le dimanche 10 septembre 2006 à 07:30, par Edmonton Home Security System :: site
8. Le dimanche 10 septembre 2006 à 15:46, par Wireless En Linea :: site
9. Le samedi 30 septembre 2006 à 15:31, par Account Card Credit Verizon Visa :: site
10. Le samedi 30 septembre 2006 à 20:33, par Inurl Sign Guestbook Form Ek :: site
11. Le dimanche 1 octobre 2006 à 14:51, par Florida Health Insurance Tributary Plans :: site
12. Le lundi 2 octobre 2006 à 09:42, par Cartridge Inkjet Laser Toner :: site
13. Le mercredi 4 octobre 2006 à 02:09, par Jacksonville Home :: site
14. Le mercredi 4 octobre 2006 à 18:42, par Handle Mailing Microsoft :: site
15. Le samedi 7 octobre 2006 à 04:01, par Casino On Net France :: site
16. Le mardi 10 octobre 2006 à 19:06, par Strike From The Bong :: site
Ajouter un commentaire